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« Après le silence, ce qui s’en approche le plus pour exprimer l’inexprimable est la musique ». A. Huxley, Music at Night.

« Il n’y aurait ni musique ni besoin de musique s’il était possible de communiquer verbalement ce qui est facilement communiqué musicalement ». E. T. Gaston, 1958.

1. Historique et définitions .

La musique existe depuis plus de deux mille ans. Elle est présente dans toutes les cultures.

L'utilisation de ses propriétés pour guérir remonte au temps des Egyptiens. Au fil du temps, de l'Antiquité au Moyen Age ou à la Renaissance, l'utilisation de la musique, en lien avec les émotions qu'elle procure, est reconnue pour avoir un effet sur l'esprit, le psychique et le physique (O'KELLY, 1). Elle soigne les états de dépression, mélancoliques ou d'agitation ; elle éveille et stimule les émotions ; elle maîtrise et calme les pulsions (PATTE, 2).

Il faut attendre les années 1900 pour que soit reconnue la notion de profession de musicothérapeute (O'KELLY, 1).

Dans les années 1940/50, la musicothérapie est utilisée auprès des soldats convalescents pour tenter d'aider à soulager les traumatismes de la guerre, notamment l'anxiété et la dépression générée par celle-ci. (O'KELLY, 1).

En outre, l'évolution des techniques d'enregistrement et de reproduction musicale a fait évoluer la musicothérapie sous sa forme actuelle. (PATTE, 2).

La musicothérapie est définie comme " l'utilisation intentionnelle des propriétés et du potentiel de la musique et de son impact sur l'être humain " (MUNRO, 3).

PATTE, (2) précise que la musicothérapie " permet l'utilisation du monde sonore et musical sous toutes ses formes, y compris le geste et le mouvement, comme médiateur dans une relation d'aide ".

Appliquée aux soins palliatifs, PATTE, (2) reprend une formulation de MUNRO, définissant la musicothérapie comme " l'utilisation de la musique, de ses éléments et de leurs influences sur l'être humain pour aider l'intégration physiologique, psychologique et émotionnelle de l'individu pendant le traitement d'une maladie ou d'un handicap ".

Pour sa part, O'KELLY, (1) reprend la définition du Dr BUNT insistant sur la relation qui se crée et évolue entre le patient et le thérapeute comme support de ce travail.

2. La profession de musicothérapeute.

Des recherches et des études rigoureuses ont montré la nécessité de réunir et de former les personnes utilisant la musicothérapie. Cela a abouti à la création de divers instituts de musicothérapie à travers le monde (USA, UK, France...). (O'KELLY, 1).

Tous les auteurs s'accordent à insister sur la formation de musicothérapeute, qui doit être une profession à part entière.

L'accent est mis sur la nécessité d'une parfaite connaissance de la musique dans son intégralité ainsi que les connaissances concernant " les sciences comportementales, le traitement actuel des malades, les modèles éducatifs et médicaux et les approches thérapeutiques reconnues " (MUNRO, 3).

Concernant la musicothérapie en soins palliatifs, la place du musicothérapeute est au sein de l'équipe pluridisciplinaire.

Cette complémentarité est soulignée par MANDEL, (4) (depuis 1986, elle se fait donc en lien étroit avec les soignants qui sont susceptibles de transmettre les réactions des patients suite aux séances de musicothérapie.

Dans "Moments Musicaux", numéro spécial de Journal of palliative care (5) HARTLEY, (6) relate son expérience de musicothérapeute en soins palliatifs, au travers de divers exemples, ainsi ce que lui apporte ce travail auprès de patients en phase terminale , tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel et humain.

RYKOV, (7), quant à elle, met en avant la face cachée de cette profession. La complexité de cet exercice en soins palliatifs réside dans l'isolement professionnel (les mucicothérapeutes sont encore peu nombreux) ainsi que dans la gestion des émotions suscitées par l'utilisation de la musique auprès de ce type de patients.

3. Les méthodes.

Les classifications diffèrent selon les auteurs mais le principe reste le même.

L'adaptation des propositions musicales se fera selon les attentes, les besoins et les possibilités du patient, en tenant compte de la culture et des croyances de chacun.

3.1 Faire de la musique : interprétation sous forme traditionnelle ou sous forme d'improvisation. Le musicothérapeute peut jouer seul puis amener le patient à participer. Celui-ci peut alors improviser des " images sonores " qui ne nécessitent pas l'utilisation de mots difficiles à exprimer, ou reprendre, voire réinterpréter ce qu'il a entendu. " Ceci peut aider le patient à revivre un moment donné, à renforcer l'opinion qu'il a de lui-même ou à maintenir une certaine activité malgré la difficulté de faire face à une maladie en phase terminale "(MUNRO, 3). La technique active d'expression, de transposition du vécu dans la musique permet " de se restructurer afin de pouvoir être... ". (PATTE, 2).

3.2 Ecouter de la musique : selon les préférences du patient, il lui sera proposé diverses formes de musique qu'il pourra écouter et réécouter à tout moment : jour et nuit, en lien ou non avec les soins, dans des moments difficiles de la maladie pour pouvoir " toucher, réconforter, cicatriser, tout en entretenant le sentiment d'être compris ou stimulé ". (MUNRO, 3). La technique réceptive suscite des émotions qui pourront ensuite être verbalisées, dessinées...

La musique est " propice à la méditation, à la créativité ". (PATTE, 2).

Certaines musiques ont été spécialement composées pour être utilisées dans les séances de relaxation par exemple.

Ce sont les variations du son : hauteur, vitesse et rotation, qui amènent à l'apaisement et la détente. (SRAIKI, 8).

3.3 Ecriture de chansons : permet l'expression d'idées ou d'émotions de manière différente, guidée par le musicothérapeute. La mélodie sera alors inventée ou reprise dans le répertoire déjà existant. " Ce processus créatif laisse place à la réflexion, à l'introspection ou à la diversion ". (MUNRO, 3).

Ce travail peut être effectué individuellement pour " un travail personnel en profondeur " ou en groupe (plusieurs patients, le patient et sa famille, voire le patient et des soignants) insistant alors sur " la socialisation et la communication ". (PATTE, 2).

4. Les objectifs de la musicothérapie.

"La musique influence toute personne en dépit de ses mécanismes de défense . Son utilisation par les musicothérapeutes a pour objectif une action sur les plans physique, psychologique et social. (PATTE, 2).

4.1 Le contrôle des symptômes : Plusieurs recherches sur la musicothérapie ont abouti à la conclusion que la musique agit comme un stimulus sur notre organisme, indépendamment de notre volonté. La musique pourrait ainsi estomper d'autres stimuli, modifier inconsciemment l'humeur, voire modifier notre respiration ou provoquer des décharges d'endorphines. (PATTE, 2).

"....quand la perception consciente par la voie corticale n'existe plus, les sensations et les sentiments peuvent être éveillés et atteindre la personne, alors que sur le plan intellectuel, ils sont devenus inaccessibles ". (OGAY dans REYT, 9).

La musicothérapie peut donc être utilisée pour compléter des traitements dans la gestion de la douleur (GALLAGHER et STEELE,10 - MANDEL, 4). Par une gestion globale de la douleur, tenant compte du confort, de la qualité de vie et du bien-être psychique du patient, la musique permet de faire émerger le vécu douloureux du malade mais aussi de pouvoir accéder à l'apaisement et au repos. (MAGILL, 11).

MUNRO, (3) nous alerte sur la bonne utilisation de la musicothérapie qui, mal introduite, " peut aggraver le processus douloureux ".

"La qualité transcendantale de la musique peut atteindre une personne au-delà de la raison et de l'analyse..., la combinaison des vibrations rythmées et des ondes sonores musicales réussit à percer l'irrationnel, l'anxiété ou la résistance intangible et inexplicable aux médicaments et autres mesures de soutien " (MUNRO, 3).

La fonction relaxante de la musique permet d'agir sur l'anxiété, voire l'agitation des patients. (MANDEL, 4).

Concernant les troubles du sommeil, ARNAUD, (12) propose la musicothérapie comme " méthode de soins non médicamenteuse ", accompagnée ou non d'un massage ou d'un dialogue.

En ce qui concerne les troubles respiratoires, MANDEL, (4) reprend son expérience avec Sally qui arrive, grâce à la musique, mieux maîtriser sa respiration. "Les vibrations rythmées et les ondes sonores musicales affectent le pouls, la fonction cérébrale et la fréquence respiratoire... " (MUNRO, 3).

GALLAGHER et STEELE,(10) présentent une base de données informatisée sur l'évaluation de l'efficacité de la musicothérapie sur les symptômes courants. Leurs résultats concernant les détresses respiratoires ne montrent pas d'amélioration tangible sur celles-ci.

4.2 La resocialisation : " La musique favorise l'interaction sociale, entretient le sentiment de communauté et permet de sortir les individus de leur isolement en les plongeant dans un vécu partagé ". (MUNRO, 3).

Les expériences relatées sont diverses, notamment en lien avec les familles des patients pour les aider à gérer ensemble les sentiments de perte, d'anxiété, de désespoir... (HILLIARD, 13). Le fait de pouvoir partager des moments d'émotion et de réflexion apporte aux malades la sensation d'être au-delà de la maladie, de dépasser leur sentiment de dépendance et d'incapacité. Le partage crée du lien entre les êtres humains. (O'KELLY, 1). " La musicothérapie active encourage la mobilité, la motivation, l'autonomie et la socialisation ". (PATTE, 2).

4.3 Le travail de deuil :

De même que lors du processus de la maladie et de la fin de vie, la musicothérapie peut aider à identifier et verbaliser les émotions des proches en deuil.

D'autre part, le souvenir laissé par le défunt d'une séance de partage par le biais de la musique ou le témoignage laissé à travers l'écriture d'une chanson peut tenir une place importante dans le travail de deuil. (MANDEL, 4, MUNRO,3 PATTE,2, HILLIARD, 13).

Pour conclure , tous les auteurs se rejoignent dans l'idée que la musicothérapie en soins palliatifs intervient dans une démarche holistique. Elle est un " élément participant aux traitements ". (MUNRO, 3). Le musicothérapeute a sa place dans une prise en charge globale d'un patient en fin de vie par une équipe pluridisciplinaire. (MANDEL, 4, PATTE, 2).

" Plutôt que guérir le mal, nous demandons à la musique de mobiliser tout ce qui est sain, toutes les forces vitales de chacun, pour combattre l'agression. C'est l'énergie " musique " que nous sollicitons, cherchant à faire jaillir l'énergie là où elle s'est tarie, à la régulariser et à harmoniser les êtres ". (MAURY dans ARNAUD, 12).

" C'est la puissance de la musique qui, apportant un sens à la vie, en fait plus que tout une thérapie précieuse de la médecine palliative ". (MUNRO, 3). Enfin, pour REYT,(), montre que la musicothérapie peut être une ressource pour combattre l'épuisement professionnel.

La musique est ainsi "médiatrice de la relation" pour tous les acteurs du soin, patients, entourage et soignants.

Pascale Charpentier, Infirmière, Centre François-Xavier Bagnoud

Références bibliographiques

1. O'KELLY, J. - Music therapy in palliative : current perspectives. - International journal of palliative nursing, 2002, 8, 3, 130-136

2. PATTE, D. - Les bienfaits de la musicothérapie en soins supportifs et palliatifs. In : Evolution ou révolution des soins par l'expérience palliative ? Bruxelles, 1996

3. MUNRO, Susan. - Apport de la musique. - European journal of palliative care, 2, 2, 77-80

4. MANDEL, SE. - Music therapy in the hospice : "Musicalive". - Palliative medicine, 1991, 5, 155-160

5. Moments musicaux. - Numéro spécial Journal of palliative care, 2001, 17, 3

6. HARTLEY, NA. - On a personal note : a music therapist's reflections on working wiht those who are living with a terminal illness. Journal of palliative care, 2001, 17, 3, 135-141

7. RYKOV, MH. - Facing the music : speculations of the dark side of our moon - Journal of palliative care, 2001, 17, 3, 188-192

8. SRAIKI, W. - Musicothérapie et communication avec le malade. - JALMALV, 1993, 33, 46-50

9. REYT, X. - L'épuisement du soignant face à la mort : une réalité, des réponses. In : DU Soins palliatifs, Clermont-Ferrand, 1999

10. GALLAGHER, LM, STEELE, AL. - Developing and using a computerized data base for music therapy in palliative medicine. - Journal of palliative care, 2001, 17, 3, 147-154

11. MAGILL,L.- The use of music therapy to adress the suffering in advanced cancer pain. - Journal of palliative care, 2001, 17, 3, 167-172

12. ARNAUD, C. - La nuit paraît longue à la douleur qui veille. In : DU Soins palliatifs, Clermont-Ferrand, 1999

13. HILLIARD, RE. - The use of music therapy in meeting the multidimensional needs of hospice patients and families. - Journal of palliative care, 2001, 17, 3, 161-166

 
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