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Le groupe Ressource : une démarche d'accompagnement dans le cadre des soins palliatifs / Hélène Brocq.- Médecine palliative, 2002, vol.1 n°2.- p.95-102
Dans son article, Hélène Brocq nous rappelle que l'accompagnement de patients en fin de vie confronte les soignants à des émotions en lien avec l'angoisse de mort. Afin de " métaboliser " cette angoisse, le soignant est conduit à mobiliser ses propres ressources, ce qui représente un réel travail psychique, coûteux en terme d'énergie. De plus, l'auteur souligne que l'accompagnement en fin de vie du point de vue psychique consiste à soutenir le désir de vivre d'un individu qui va mourir. Que proposer alors à ces équipes qui, soumises de plein fouet à toutes sortes d'émotions, ne peuvent pas bénéficier d'un dispositif pour penser les angoisses en lien avec la fin de vie ? Dans le cadre de missions transversales, le Département d'Evaluation et de Traitement de la Douleur et Médecine Palliative du CHU de Nice a mis à disposition, pour les services ne bénéficiant pas de poste de psychologue, le " Groupe Ressource ".
Dans le contexte de la fin de vie, le manque de repères, la confrontation à l'angoisse de mort peuvent ébranler les fondements de l'identité professionnelle. Les groupes de parole en permettant l'expression des émotions et la prise de distance s'avèrent une aide précieuse pour les équipes. Malheureusement, ces groupes ont encore du mal à trouver leur place. Le partage d'expérience loin d'être favorisé est souvent tabou. D'autre part, même si de plus en plus de soignants sont sensibilisés par la détresse psychologique et sont prêts à défendre la création de postes de psychologue, ceux-ci restent encore bien rares..
Au sein d'une équipe, souligne par ailleurs H. Brocq, le cadre infirmier joue un rôle considérable, et peut, en soins palliatifs, être le médiateur entre le malade, son entourage et l'équipe soignante. Mais l'auteur rappelle combien il est important pour chaque professionnel de connaître ses limites et insiste sur ce temps préalable, indispensable, de définition, ensemble, du champ d'intervention de chacun, identifiant les " territoires " communs ainsi que les frontières.
C'est dans le cadre de ce partage que le psychologue peut intervenir. Hélène Brocq pointe que du fait de sa formation non médicale, le psychologue autorise d'autant plus une parole libre, le patient pouvant exprimer plus facilement toutes les représentations fantasmatiques, liées à la pathologie, à son corps attaqué, qui l'habitent. Elle insiste sur la place indispensable du psychologue dans une prise en charge globale et rappelle que son intervention est d'autant plus pertinente qu'elle est précoce dans l'histoire de la maladie.
Dans la situation de fin de vie, poursuit l'auteur, la pression anxieuse s'exerçant sur les mécanismes de défense a pour effet que le patient ne dispose plus d'une véritable autonomie psychique. Le patient trouve la réassurance affective qu'il recherche dans sa relation au soignant, ce dernier assurant alors une fonction que le Moi ne parvient plus à assurer seul. Le psychologue peut alors favoriser la mise en place de conditions visant un échange serein entre les soignants et le patient.
Dans le cadre de ses missions transversales, le Département d'Evaluation de la Douleur et de Soins Palliatifs a mis en place le " Groupe Ressource ", constitué d'un cadre infirmier supérieur, un médecin, un psychologue ; ce groupe a pour principal but d'organiser des groupes de parole à l'attention des soignants confrontés à des situations difficiles de fin de vie. Il s'agit de proposer à une équipe concernée un temps de réflexion, d'élaboration et de l'aider à trouver les conditions permettant un ajustement de ses relations avec le patient et son entourage. Ainsi, ni les équipes mobiles de soins palliatifs, ni le psychologue ne sont là pour se substituer aux soignants s'occupant d'un malade ; au contraire leur but est d'apporter, par leur regard extérieur et leurs compétences, une aide à l'équipe en difficulté et cela en vue d'une meilleure prise en charge.
Les interventions du " Groupe ressource ", conclut Brocq, visent donc l'amélioration de la qualité de soins relationnels donnés au patient entraînant par là même une amélioration de la qualité de vie du patient, de son entourage et de l'équipe soignante.
Bien écrit, dans un langage accessible à tous les professionnels, l'article de Hélène Brocq s'avère intéressant sur plusieurs points. Tout d'abord, il rappelle que face au travail psychique considérable que suscite la confrontation régulière à des patients en fin de vie, la nécessité d'avoir un espace de parole pour penser et donc décoller de l'affect n'est plus à démontrer. Or, si les groupes de parole sont répandus en soins palliatifs, il n'en est pas de même dans les services de soins traditionnels. Loin s'en faut. De nombreuses résistances, d'origines diverses, persistent et laissent des équipes démunies face à des situations difficiles. De plus, les représentations entourant la profession de psychologue ne favorise pas l'implantation et le travail de celui-ci. Pourtant - et je ne peux que partager son avis - la place du psychologue s'avère indispensable dans la prise en charge globale d'une personne malade et si possible le plus tôt possible. De plus, je la rejoins complètement lorsqu'elle soutient l'importance de ce travail, en commun, de définition pour chaque profession des rôles de chacun, d'identification des zones communes de nos champs d'intervention ainsi que de nos limites. En effet, les enjeux de territoires ne sont pas rares et derrière eux c'est l'identité de chaque profession - et professionnel - qui est en jeu.
Cependant, il me paraît dommage que H. Brocq ne développe pas davantage le paragraphe concernant le " Groupe Ressource ". J'avoue avoir du mal à saisir si ce groupe existe en plus d'une équipe mobile. Si tel est le cas, il me semble indispensable de préciser le rôle de chacun de ces trois professionnels le constituant. Dans la mesure où ce groupe s'inscrit dans une démarche de réflexion avec les équipes, comment s'organisent ces temps de réflexion ? Qui les propose ? Par qui sont-ils animés ? Quelques exemples auraient été les bienvenus afin d'éclairer le fonctionnement de ce trio dont il me semble avoir compris l'objectif sur le fond mais pas sur la forme. Camille Baussant - Crenn, Psychologue, Unité François-Xavier Bagnoud |