Le 21 septembre 2001, Clémence Boulouque se trouve aux Etats-Unis à proximité des événements qui agitent New York. Les cris, les larmes , le désarroi qui emplissent la ville et qui inonderont le monde entier, font émerger en elle une blessure d'enfance ni vraiment enfouie, ni vraiment oubliée.
Clémence est en effet la fille du juge Boulouque, chargé du dossier anti-terrorisme dans les années 80. Lorsque son père, magistrat chargé de cours à l'Université et passionné de sport, accepte ses nouvelles fonctions, les mots " juge " et " terrorisme " n'évoquent pas grand-chose pour la petite fille qu'elle est.
A l'âge de l'école, des caprices, des bonbons, de Récré A2, …les premières bombes qui explosent à Paris sont semblables à celles des héros du Far West.
Pourtant, peu à peu s'instaure dans la maison familiale un sourd climat d'angoisse, de chuchotements, d'interrogations vite étouffés par les paroles rassurantes des parents. D'abord c'est une arme pour protéger son père et qui ne le quitte pas, la sensation d'être différente, d'être une " fille de juge ", puis " La " fille du juge. C'est ensuite les gardes du corps pour la famille, la presse qui se déchaîne, les cauchemars, la peur. Sous les faux rires insouciants et les haussements d'épaule, Clémence voit son père, de plus en plus absent, physiquement et mentalement, se transformer en homme tracassé, tourmenté, jusqu'au drame. Jusqu'à ce jour où Gilles Boulouque se tire une balle dans la tête.
Tout l'intérêt du livre réside dans le fait que l'auteur n'accuse ni ne condamne personne. Comme elle le dit elle-même, il ne s'agit pas d'une tentative de réhabilitation mais du récit de son vécu à travers sa vision d'enfant, puis de jeune fille. On suit la petite Clémence dans ses pensées, on vit avec elle ses émois. A travers les yeux de sa fille, le juge médiatisé devient un père de famille attentif à préserver et à protéger sa famille. Un père de famille comme les autres.