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The use of research findings in bereavement programs : [Utilité des résultats de la recherche en ce qui concerne les offres de suivi de deuil : étude de cas] / Shirley Murphy. - Death Studies, 2000, 24, 7
La mort violente est un problème de santé publique aux Etats-Unis (200 morts violentes par jour), mais des suivis spécifiques n'ont pas pour autant été organisés.
L'auteur a dirigé une étude menée auprès de 261 parents d'enfants morts d'accident, d'assassinat, de mort subite ou de suicide entre 12 et 28 ans.
On sait que la mort violente engendre des deuils longs et difficiles car elle empêche l'expression des émotions, encourage le déni et se passe à une époque charnière de la vie des parents et des enfants (milieu de la vie pour les parents et souvent adolescence pour les enfants).
Les parents endeuillés ont été choisis dans une période qui allait jusqu'à 5 ans après le décès de leur enfant et ne faisaient pas partie de groupes d'entraide. Des chercheurs et des cliniciens ont aussi pris part à cette étude avec pour objectifs :
- d'évaluer l'impact d'une intervention de soutien entre 2 et 7 mois après le décès de l'enfant,
- d'identifier les facteurs qui ont influencé les composantes majeures retenues : souffrance psychologique, stress post-traumatique (PTSD), chagrin, santé physique, satisfaction dans la vie de couple.
Il a été proposé aux parents 12 rencontres pendant 12 semaines, puis ils ont été réorientés vers des groupes d'entraide ou des suivis de deuil. Le déroulement de ces rencontres était le suivant : étude d'un thème pendant une heure puis expression des émotions avec un clinicien. Cette double dimension a été très appréciée par les parents.
Les mères ont été plus nombreuses que les pères à obtenir un score de souffrance plus élevé sur toutes les composantes évaluées dans l'étude, sauf la santé physique. Les mères en grande souffrance semblent avoir plus bénéficié de ce type d'aide que celle qui semblaient moins en souffrance. Les pères semblent en avoir peu tiré profit.
Résultats :
- 6 mois de soutien ne suffisent pas pour aider les parents en deuil de façon durable. Certains thèmes nécessitent des rencontres supplémentaires.
- La cohésion du groupe se fait non autour des causes de décès mais plutôt autour de la brutalité de la mort et de l'âge des enfants.
- Les parents qui ont fait cette expérience en couple en ont tiré plus de profit sur le plan de leur communication en couple que ceux qui ont participé aux rencontres seuls.
- Souffrance psychologique : les symptômes de cette souffrance ont été évalués à partir du BSI (Brief Symptom Inventory). Une diminution de la souffrance a été observée pour 8 items sur les 10 chez les mères et 4 sur 10 pour les pères. La diminution la plus importante a lieu entre 4 et 12 mois après le décès de l'enfant.
- Les troubles psychiques (dépression, troubles psycho-somatiques, angoisse) étaient 5 fois plus fréquents chez les mères en deuil 2 ans après le décès que chez les femmes américaines, et 2 fois plus fréquents 5 ans après le décès.
- Pour les pères en deuil ces troubles étaient 4 fois plus fréquents 2 ans après le décès et plus encore 5 ans après, que chez la population masculine témoin.
- Traumatisme : Au début de l'étude 33% des parents étaient atteints du Syndrome post traumatique (d'après les critères du DSM-III-R), 21% des mères et 14% des pères deux ans après le décès. 2% des mères et 6% des pères avaient toujours un score positif cinq ans après. Les résultats ultérieurs montrent un risque plus élevé de deuil compliqué pour ces parents.
- La santé des parents, mauvaise pour les deux parents au cours des deux premières années, s'améliore pour les femmes 5 ans après, alors qu'elle continue de décliner chez les hommes.
- Sur le plan de l'emploi, 31% des pères sont en arrêt maladie au début de leur deuil. Cinq ans après, 15% des mères et 8% des pères se sentent encore inefficaces au travail, 25% des pères ont changé de travail, 12% des mères et 7% des pères ont cessé de travailler.
- Les parents disent avoir vraiment progressé dans leur deuil au cours de la troisième année qui a suivi la mort de leur enfant.
- Sur le plan de leur vie de couple, 70% des parents disent que 5 ans après, rien n'a changé, 25% constatent une amélioration et 5% une aggravation des relations.
- Causes du décès : les parents dont l'enfant a été assassiné éprouvent plus de souffrance psychologique jusqu'à 60 mois après le décès que ceux dont l'enfant a été victime d'un accident ou s'est suicidé.
- Les parents dont l'enfant s'est suicidé le voyaient moins heureux et moins équilibré que les parents des deux autres groupes. Ils percevaient également plus de conflits relationnels. Le suicide a des conséquences sur la pratique religieuse qu'il tend à faire diminuer, mais la souffrance psychologique des parents est la même que celle des parents dont l'enfant est mort dans un accident.
Conclusion : Cette étude a montré la diversité des besoins des parents en fonction de leur sexe et de leur situation de couple en particulier. Il serait bon, dans une prochaine étude de mesurer l'impact des différentes formes de soutien de deuil proposées aux parents : écoute téléphonique, groupes d'entraide, soutien par des parents endeuillés etc.… afin de mieux comprendre qui a besoin de quoi et quand. Elle montre aussi que la souffrance diminue très lentement, que les parents aient bénéficié d'un soutien ou pas. On constate d'ailleurs un écart entre la satisfaction exprimée par les parents à propos du programme de soutien de deuil mis en place et l'évaluation de leur évolution d'après les critères de l'étude.
Les exigences irréalistes de la société en matière de rapidité de résolution du deuil exercent sur les endeuillés, une pression source de souffrance. Une éducation du public est nécessaire dans ce domaine.
Il reste beaucoup à faire pour offrir aux parents dont l'enfant est mort de mort violente, un soutien adapté à la façon dont ils vivent le deuil en tant que père et mère, dans la durée qui leur est nécessaire.
Annick Ernoult, Formatrice, Unité François-Xavier Bagnoud |